Y'a de la buée sur les vitres, pas de chauffage cette année, pas de chauffage cette nuit, y'a de la musique derrière, c'est Alkaline Trio je crois. Dehors il fait froid mais il fait soleil. Mes cheveux sont encore mouillés, les tiens trainent sur l'oreiller. Tu t'es endormi. Deux vodka pomme à côté du lit, ou peut-être deux whisky coca, je ne sais plus très bien. Tu as ouvert un oeil à cause du rayon de soleil. Tu souris, comme d'habitude. Je prends deux clopes dans ton paquet, les allume et t'en donne une. Tu tires dessus en souriant. Il fait toujours soleil dehors, j'ai ouvert un peu la fenêtre. Je te saute dessus, ta main atterit juste dans le cendrier, qui pousse un verre, qui se renverse. Gloussements, je suis ridicule. Tu pleures de rire parce que je me suis brûlée avec ma clope, je trouve pas ça drôle. Je boude, juste trente secondes, le temps de te faire culpabiliser. Je me sens mal, j'ai toujours l'impression qu'on rit de moi. Tu me rassures, m'attires vers toi. J'ai la tête qui tourne un peu, à cause de la vodka. Je ris pour rien, tu te fous de moi parce que je n'arrive plus à me lever pour changer de musique. Je te regarde, j'ai un élan d'affection. Je te hurle dans les oreilles que tu es tellement beau, mais reste pas sous la couverture, je vois rien! Tu t'enroules dedans, m'engueules parce que je te fais mal quand je te saute dessus. Je change la musique. Je lance Rise Against mais t'aimes pas ça, j'oublie à chaque fois. Tant pis, ça sera Tsunami Bomb. Je dessine un coeur sur la vitre, avec ton prénom dedans. C'est ringard mais ça me fait rire. Pas toi visiblement. Tu es en train de te rendormir. Ma main dans tes cheveux te réveille. T'es beau comme dans un film où tout se termine bien. Tes yeux brillent, ils sont encore plus clairs à cause du soleil. Tes cheveux sentent la pêche, ils sont chauds à cause du soleil contre la vitre, qui chauffe ton visage. Je suis penchée au dessus de toi, presque en admiration, tu es tellement beau. Je suis perdue dans mes pensées, je ne vois pas que tu me tires la langue, et d'un coup je suis tirée de ma rêverie par toi qui me tires contre toi, je tombe sur le lit, je tombe dans tes bras. J'arrive plus à arrêter de te regarder, je fais pas exprès de t'aimer autant. J'aime l'odeur de ta peau, quand t'es pas là je dors le nez collé à mon oreiller parce qu'il sent toi. Tu le sais, tu dis que tu trouves ça nul mais je sais que tu fais la même chose. Je suis tellement bien dans tes bras, je ferme les yeux et je te vois toujours, je ne peux plus t'enlever de ma tête, j'ai envie de partir loin avec toi. J'ouvre les yeux, tu me souris encore. Tu m'obsèdes. Tu souris toujours. Tu allumes une cigarette, tires dessus une fois avant de la mettre dans ma bouche. J'ai des frissons. Je n'arrive pas à quitter tes yeux du regard. Je n'ai toujours pas réussi à définir leur couleur, gris, bleus, verts. Je suis tellement bien. J'ai sommeil, j'ai froid. Tu fermes la fenêtre, te recouche à côté de moi en me glissant un "je t'aime" dans le creux de l'oreille. Ca me réveille. Ou peut-être que je rêve éveillée. D'un coup tu me pousses, je manque de tomber du lit. Je me relève, essaye de te taper mais tu me contrôles. J'arrive pas à sortir de ce putain de rêve éveillé. Mes cheveux sont secs depuis longtemps maintenant, tu les caresses, j'ai horreur de ça mais je te laisse faire, je souris, toi aussi. Ta main effleure mon front, mes joues, mon cou. Puis tes lèvres sur mon cou. Tes mains, partout, ni trop ni pas assez, tu es parfait. Tu écrases ma cigarette par terre, tant pis pour le carrelage, je pense à des choses plus importantes. J'ai envie de hurler que je t'aime, mais je sais que ça te ferais rire, je veux pas que tu t'arrêtes. C'est la dernière fois. Je te sens tendu, tu as l'air ailleurs. D'un coup tu t'arrêtes. Il fait presque nuit, je vois moins l'expression de ton visage. Je vois tes sourcils se froncer au-dessus de moi, une larme tombe sur ma joue. Tu pleures. D'un coup tu t'effondres. Je sens les larmes qui montent moi aussi, je les retiens de toutes mes forces. Effondré sur le lit, tes sanglots me font mal au coeur, je ne sais pas si je dois te prendre dans mes bras et te consoler ou si je dois partir. Je ne sais pas si les mecs qui pleurent apprécient de se donner en spectacle. Je me lève, je veux m'eclipser. Tu me retiens par la taille et m'attire vers toi. Je te fais remarquer que tes larmes collent sur ma joue, tu souris mais je sais que le coeur n'y est pas. Moi non plus je veux pas que tu partes. J'essaye de te raisonner, te dire que ça ne sera pas long. Mais je sais autant que toi que ça le sera. J'essaye en vain de contenir mes larmes, on a l'air de cons tu trouves pas, à pleurer comme des gosses dans les bras l'un de l'autre. Tu es tellement beau, même quand tu pleures. Non je ne t'oublierai pas. Ma vue se trouble. Je m'accroche à tes bras, tu t'accroches à moi toi aussi. Je nous sers une vodka pure pour chacun, tu la bois d'un coup. J'allume deux cigarettes, on fume toujours accrochés l'un à l'autre, je sèche tes larmes et tu happes les miennes. Je n'ai jamais été aussi près de quelqu'un. Je voudrais rester collée à toi, sentir encore les battements de ton coeur. Mes mains caressent ta joue, tes bras, ton dos, je touche ce que je peux, je veux t'apprendre par coeur, je te serre trop fort et ça te fais rire, un rayon de soleil. Je n'en peux plus, je tombe de fatigue, combien de jours sans dormir. Mais je ne veux pas en perdre une seule miette, surtout pas. Encore un peu de toi et moi, gagner quelques secondes, ce n'est certes mais pas grand chose mais dans mes souvenirs ça sera beaucoup. Tu t'es arrêté de pleurer, enfin je crois. Tu fermes les yeux, ta main serre la mienne. Tu dis que tu es désolé. Je sèche une dernière larme qui coulait encore sur ta joue. Tu dis que tu es tellement désolé, que c'est de ta faute. Que tout est de ta faute. Je tente de t'expliquer qu'il n'y a pas de coupable, que c'est la vie, c'est comme ça. Sans épreuves on aurait pas la force d'avancer.
Je suis décoiffée, toi aussi. La couverture est trempée, on a trop séché nos larmes dessus.
Il fait jour. Je suis seule. Un mégot écrasé par terre, tu es parti. Les volets sont fermés mais on devine le jour. Sensation désagréable que je n'ai pas dormi depuis des semaines. Je bois le thé qui a refroidi dans la tasse, tu es parti. M'allumer une clope. Un reste de vodka, un verre cassé par terre. Un goût de sel sur l'oreiller, mélange de larmes. J'entends la pluie. Silence de pierre. Je ne me lèverai pas, tu es parti. Les larmes montent, j'essaye de les retenir... En vain. T'avais pas le droit de partir. A quoi bon se lever, je n'ai rien à faire. Collé sur le mur, un post-it, "je t'aime". Un semblant de sourire anime mon visage. Tu as oublié un tee-shirt, je l'enfile et me recouche, ma clope au bec et mon coeur étalé par terre. Mes cheveux collent, sans doute le sel de nos larmes. Je m'y ferai, t'es parti mais je dois m'y faire. Y'a tous les souvenirs qui reviennent, et je sens mon estomac qui remonte. Un haut-le coeur, puis deux. Je vais me rendre malade. J'ai mal à la tête, j'ai trop pleuré. Ma mère m'appelle, je ne réponds pas, je ne suis pas là, je suis partie avec lui.